← Retour au blog

Mont Merapi : le voisin le plus dangereux de Java

2025-01-22

Le mont Merapi — son nom javanais signifie simplement « montagne de feu » — s'élève à 2 930 m au-dessus de la plaine densément peuplée au nord de Yogyakarta. C'est le volcan le plus actif d'Indonésie, qui possède elle-même l'arc volcanique le plus actif du monde, et un quart de million de personnes vivent assez près pour se trouver dans l'une ou l'autre de ses zones de risque. Le Merapi est étudié sans interruption, évacué périodiquement et respecté absolument par tous ceux qui vivent à son ombre.

Où il se trouve et pourquoi il compte

Le Merapi appartient à l'arc volcanique que produit la subduction de la plaque indo-australienne sous la plaque de la Sonde. L'arc parcourt Sumatra, Java, Bali et les petites Sondes ; sur Java les cônes s'alignent presque en ligne droite, marquant la plaque plongeante en dessous. Le Merapi se trouve au centre de cette ligne, presque exactement au-dessus des anciens royaumes javanais dont les temples (Borobudur, Prambanan) tiennent encore sur ses piémonts.

Un stratovolcan d'un type particulièrement dangereux

Le Merapi est un stratovolcan andésitique raide dont le sommet abrite presque toujours un dôme de lave actif. Le dôme croît pendant des mois ou des années, devient instable et s'effondre — projetant des coulées pyroclastiques sur les pentes. Ces coulées, appelées localement wedhus gembel (« moutons ébouriffés » en javanais, à cause de leur aspect), sont le danger central. Elles filent à plus de 100 km/h, dépassent 600 °C et ont tué presque tous ceux qui sont morts sur le Merapi à l'époque moderne.

L'éruption de 2010

Le plus récent grand épisode est survenu en octobre et novembre 2010. Le dôme s'est effondré au cours d'une série d'explosions, les coulées pyroclastiques ont atteint 16 km du sommet et plus de 350 personnes ont péri. L'éruption a contraint à évacuer près de 400 000 habitants. Parmi les morts se trouvait le gardien spirituel du volcan, Mbah Maridjan, qui avait refusé de quitter son poste sur la pente supérieure ; on l'a retrouvé en position de prière, tué assis par le souffle pyroclastique.

Une activité continue de bas niveau

Entre les grandes éruptions, le Merapi est rarement complètement calme. Petits effondrements de dôme, bouffées de cendres et chutes de blocs incandescents font partie du quotidien, visibles la nuit depuis les villages alentour. Le Balai Penyelidikan dan Pengembangan Teknologi Kebencanaan Geologi (BPPTKG) surveille le volcan depuis des postes d'observation qui encerclent la montagne, avec sismographes, spectromètres à gaz et appareils EDM qui mesurent chaque frisson du cône.

Les zones de risque

La carte locale du risque distingue trois zones. La Zone I est inhabitée en permanence ; la Zone II est évacuée quand l'activité monte ; la Zone III correspond aux plus hauts niveaux d'alerte. Les lignes suivent l'extension des coulées pyroclastiques historiques et les couloirs de lahars. Certains villages ont été entièrement déplacés ; d'autres survivent dans la Zone II avec l'engagement de partir sur ordre.

Mythologie et Mbah Maridjan

Dans la tradition javanaise, le Merapi est gouverné par des esprits dont le gardien sur Terre est un juru kunci (« gardien des clés ») héréditaire. Mbah Maridjan a tenu ce rôle de 1982 à sa mort en 2010, conduisant chaque année les offrandes au sommet et intermédiant entre le volcan et le sultanat de Yogyakarta. La charge est passée à son fils Asihono. Science et rituel coexistent ; on suit les deux.

L'ascension du Merapi

Le Merapi se gravit, quand l'alerte est au plus bas, par des itinéraires autorisés depuis le village de Selo, au nord, ou depuis New Selo juste au-dessus. La marche commence à minuit pour atteindre le rebord du cratère à l'aube et éviter la chaleur de midi. Permis et guides sont obligatoires. Le sommet même est fermé sine die depuis 2010, qui a remodelé le terrain supérieur.

Borobudur et l'histoire plus profonde

Le plus grand temple bouddhiste du monde, Borobudur, se dresse à 30 km au sud-ouest du Merapi. Le temple a été abandonné autour du XIᵉ siècle et partiellement enseveli sous des cendres volcaniques — séquence encore discutée entre géologues et historiens. Quelle qu'en soit la cause, le lien entre le Merapi et les premiers royaumes javanais est littéral : le sol qui nourrissait le riz qui soutenait le temple venait du volcan en dessus.

Vivre avec le Merapi

Les 800 000 habitants du Grand Yogyakarta ont fait le pari de long terme que le risque Merapi reste gérable, en échange des avantages quotidiens du sol, du tourisme et de la place du volcan dans l'identité culturelle du centre de Java. Le pari est rationnel. Il reste un pari, et il est renouvelé chaque année où le cône reste tranquille.

Sur la carte

Ouvrez la carte et trouvez le Merapi juste au nord de Yogyakarta. Les autres volcans javanais — Semeru, Bromo, Kelut, Sundoro — s'alignent vers l'est ; l'arc de Sumatra s'étend vers l'ouest. Peu d'endroits sur Terre concentrent autant d'activité volcanique au-dessus d'autant de gens. Le Merapi en occupe le centre.